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Pierre Binet


Villefargeau (89240), Bourgogne, France (Carte)

Photo de Pierre Binet


La stèle est située sur la route entre Toucy et Auxerre.

Quatrième d’une famille de six enfants, Pierre Binet est né à Nantes le 6 février 1922. Il fait toutes ses études au lycée Clémenceau. Après une licence en géographie, il part à Paris terminer sa licence en droit et prépare l’entrée à Science-Po. En mars 1943, ne voulant pas répondre à la convocation du STO, il quitte la France. Traversant  l’Espagne, le Portugal, il est arrivé au Maroc. Du Maroc, il a pu partir pour l’Angleterre et à Londres, il suit une formation parachutiste. Il a rejoint le réseau du colonel Rémy. Parachuté en France, il participe jusqu’en août 1944 à plus de cinquante parachutages.
 

Extrait de l’ouvrage  du colonel Rémy : « Les mains jointes »
 

Pierre Binet, que j’avais appelé « Lucien », faisait équipe avec « Jeannette ». Son zèle, son dévouement, étaient infatigables. Le commandant Saubestre, son chef de mission, avait du plusieurs fois le gronder amicalement pour tenter de le modérer. Mais « Lucien » continuait d’aller de l’avant. ..

Au début du mois d’août 1944, il se trouvait à Paris en compagnie de Saubestre et du radio « Charles ». La mission des trois hommes était terminée. « Lucien » ne tenait plus en place. Le 16 août, il alla rendre visite à l’un de ses amis, le lieutenant Claude-Yves de la Bruchollerie, qui combattait dans le maquis de la forêt de Merry-Vaux, non loin d’Auxerre. Le maquis attendait pour le soir même un important parachutage auquel « Lucien » eut l’occasion de coopérer. Un parachutiste anglais resta accroché à la cime d’un arbre. « Lucien » grimpa jusqu’à lui et, après bien des efforts, réussit à le délivrer de sa fâcheuse position.  L’esprit de décision dont il fit preuve en la circonstance, et l’enthousiasme contagieux qu’il apportait à tout ce qu’il entreprenait avaient conquis les maquisards qui lui demandèrent de rester dans leurs rangs pour se battre avec eux.

Le lieutenant De la Bruchollerie présenta son ami à son colonel, connu sous le nom de « Chevrier ». Par un curieux effet du hasard, Adrien Sadoul, dit «Chevrier», était un agent de la CND ; de ce magnifique secteur d’Alsace-Lorraine, dont je raconte plus loin l’histoire. Séduit par droiture et la loyauté évidentes de ce "Lucien" qu'on lui présentait, "Chevrier" l'engagea à demander à Saubestre l'autorisation de rejoindre le maquis qu'il commandait.
 
"Lucien" rentra tout de suite à Paris. Saubestre se fit tirer l'oreille et ne céda qu'à regret aux vives instances de son jeune compagnon Celui-ci fit aussitôt ses préparatifs de départ. Il ne se tenait plus de  enfin il allait pouvoir réaliser son rêve, combattre les Allemands les arme à la main ! Deux autres volontaires se joignirent à lui : le radio Étienne Ancergues et de Beauvais, dit "Gazo" parce qu'il possédait une camionnette marchant au charbon de bois. Dans la soirée du 18 août, les trois jeunes gens se retrouvèrent chez Mme Kiel, parente de notre amie "Jeannette", qui tenait 5, rue du Faubourg-Montmartre, ce café "à L'Electricité" dont "Jeannette" nous a parlé, et qui n'avait cessé d'aider nos camarades avec le plus complet dévouement. Un cousin de la jeune fille, Florentin Mouchet, qui se trouvait  là, demanda si on pouvait l'emmener, le rapprochant ainsi de Châlons-sur-Saône  où il avait sa famille, ce qui fut accepté. Les amis de "Lucien", Patrick Toulemonde et le radio "Charles" étaient venus lui souhaiter bonne chance.
La camionnette roula toute la nuit sans re

ncontrer aucune difficulté sur sa route. Elle traversait Toucy, vers 4 heures du matin, quand une patrouille allemande, qui cognait à la porte d'un garage pour se faire délivrer un véhicule, l'aperçut. Les Allemands se mirent en travers de la route,  force fut à "Gazo" de stopper. Les Allemands ne trouvèrent rien de suspect sur les jeunes gens, mais ils leur déclarèrent qu'ils les gardaient comme otages jusqu'à ce qua' eussent quitté la région, pleine à les entendre de "terroristes". Ils ajoutèrent qu'ils partaient dans l'après-midi.
A 14 heures, le convoi allemand s'ébranla. Dans la file des véhicules figurait la camionnette que continuait de piloter "Gazo". "Lucien" et ses camarades allaient traverser des bois qu'occupait ce maquis du colonel "Chevrier'' qu'ils voulaient rejoindre.
Un peu avant Villefargeau, ce maquis attaqua. Plusieurs Allemands furent tués. En guise de représailles, on ordonna à "Lucien", à Ancergues à Mouchet de descendre de la camionnette. Alignés dans un fossé, ils furent fusillés sur le champ devant "Gazo" qui fut ensuite contraint de continuer route dans la file du convoi. Il devait être exécuté lui-même quelques jours plus tard à Troyes.

"Lucien" avait quitté Paris, le cocon en fête, pour aller se battre. Il n'a jamais su, tandis qu'il roulait vers son destin, que l'insurrection parisienne allait éclater dans l'après-midi qui suivait son départ. Il est mort comme il avait vécu en volontaire. Le gouvernement de la République, les gouvernements alliés, ont tenu à rendre hommage à son courage et à ses exceptionnels mérites par de hautes distinctions qui lui ont été conférées titre posthume.

Dès le jour où il m'avait été présenté à Londres, j'avais lu dans les yeux clairs et purs de ce garçon tout frémissant cet appel qui n'est jamais entende que par les meilleurs, ceux-là qui "se donnent en mourant".

Le sous-lieutenant Pierre Binet a été décoré, à titre posthume, de la croix de chevalier de la Légion d’Honneur avec attribution de la Croix de Guerre avec Palme, par un décret du 29 août 1945. Ces croix ont été remises à son père, monsieur René Binet, au cours de la prise d’armes du 11 novembre 1945, à Nantes.

 

La citation était la suivante :

 

« Volontaire pour une mission périlleuse en France, a été parachuté en février 1944 en territoire occupé par l’ennemi. A fourni un travail d’une ampleur exceptionnelle dans la mise au point d’un plan de renseignements qui devait être couronné de succès. A déployé les plus belles qualités d’organisation et de calme courage. Sa première mission terminée, s’est porté volontaire pour le maquis, où il a continué à déployer toute son activité. Arrêté par les Allemands et fusillé le 19 août 1944.

 

 

Le sous-lieutenant Pierre Binet a été décoré de la « Distinguished Service Medal », haute distinction américaine, décernée àtitre posthume.

 

Cette décoration fut remise à son père, monsieur René Binet, par le colonel américain Mac Gowan, du quartier général Nord, au cours d’une prise d’armes qui eut lieu place du maréchal Foch à Nantes, le 31 août 1945.

 

La citation « était la suivante » :

 

« Pour son magnifiqie héroïsme au cours des opérations militaires contre un ennemé armé, du 8 février 1944 au19 août 1944. Le sous-lieutenant Binet a été parachuté en France en vêtements civils comme adjoint au commandant de la mission « Pathfinder », chargé de repérer les terrains de parachutage, des maisons sûres, des organisateurs locaux et des moyens de transport pour les agents avec leur équipement, en 50 points différents. Il a découvert les contacts et l’aide voulue pour ses agents avec un total mépris de sa propre vie, a pris souvent part à deux ou trois parachutages dans une seule semaine. Lorsqu’ il estima sa mission terminée, il quitta Paris pour rejoindre le maquis dans une région de l’est. Arrêté à Troyes, il fut immédiatement exécuté. Le sous-lieutenant Binet a perdu la vie pour avoir tout sacrifié au devoir.

 

 


 




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