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André Aubouet


Maison de la Chimie, 28 Rue Saint-Dominique, 7ème, Paris (75007), Ile de France, France (Carte)



André Aubouet est né le 18 janvier 1923 à Paris.

Il habitait avec ses parents, 15, rue de Vanves (aujourd’hui rue Raymond Losserand) dans un groupe d’immeubles HBM. Selon André Deslandes qui l’a connu, ils fréquentaient tous deux l’école primaire de la rue Pierre Larousse. Le jeudi matin, ils faisaient du sport au gymnase de la rue Huyghens. Après son certificat d’études, il avait été engagé comme apprenti imprimeur à l’Imprimerie Nationale. Il touchait 772 francs par quinzaine. Son père y travaillait également.

Selon le « rapport final » de Moritz , il aurait adhéré dès 1937 aux Jeunesses communistes du XIV° arrondissement. Il y aurait milité dès août 40 et serait entré à l’O.S. en novembre 1941.

L’acte d’accusation indique que le 20 janvier 1942, Aubouet avait participé à un attentat contre le soldat allemand Pepling, boulevard de Vaugirard.

Les autorités militaires après la guerre lui ont décerné, à titre posthume, le grade de … caporal. Nous n’avons pu retrouver d’autres personnes qui l’auraient connu et qui nous auraient fourni plus d’informations.

Il est mort le 17 avril 1942 à l’âge de 18 ans.

Il écrit dans sa dernière lettre :

Chère maman, cher papa,

Je vous écris de la Santé. Il est 1h moins 10. On vient de nous prévenir que l’on sera exécuté ce soir. Nous avons la permission d’écrire quelques lettres, mais les visites sont interdites. J’ai un chagrin immense de ne pas vous avoir vu une dernière fois. J’espérais pouvoir vous revoir ainsi que ma sœur, mes petites-nièces et neveux, et mon beau-frère, et ma chère petite fiancée Anne-Marie que vous avez prévenue comme je l’espère. Mais hélas, on n’aura pas cette dernière satisfaction. Je vous supplie de ne pas avoir trop de peine. Je sais que c’est cruel, mais c’était ma destinée car j’avais fait le sacrifice de ma vie pour mon idéal, pour ma patrie, comme tous les camarades. Je suis courageux ainsi que le camarade Tardif qui demeure dans la première cour et le copain de la rue Decrès.

Je demande pardon à mon papa pour toutes les misères que je lui ai faites mais je l’aimais bien quand même, car il croyait que je le faisais exprès. Je lui demande pardon, car il m’aimait bien malgré ce qu’il disait. Maintenant, je ne vous reverrai plus, mais il faut être fataliste, cela devait arriver. Je vais vous faire quelques recommandations, que papa prévienne ma fiancée et l’embrasse bien fort, lui dise que je penserai à elle jusqu’à la dernière minute. Mais je vais lui écrire à l’imprimerie, j’espère qu’elle recevra ma lettre et je vais lui faire un paquet de mes affaires pour vous remettre en souvenir ; je garde le mouchoir que maman m’a mis dans mon dernier colis, le l’emporterai avec moi car la paire de gants est restée dans le colis. Je vous remercie pour vos colis ainsi que tous ceux qui m’ont envoyé des douceurs.

Je vais tout finir tout à l’heure et ce sera mon dernier repas. Vous donnerez mes livres au Breton, vous lui direz adieu pour moi ainsi que tous les copains. Je vais vous quitter une dernière fois car le temps presse et je vais écrire à ma sœur et à ma fiancée. Donc, adieu, ma petite mère chérie, mon petit frère chéri, je vous embrasse bien fort.

Dédé
Vive la France indépendante.


Il écrit également à sa fiancée :

Je t'envoie ce petit mot pour te dire adieu. Il est deux heures de l'après-midi et je dois être exécuté à cinq heures. Je n'ai que le temps d'écrire une ou deux lettres et faire un paquet de mes affaires pour qu'il soit remis à mes parents, mais malgré tout je prends le temps de t’écrire la seule et unique lettre que je peux t’écrire, car avant c'était interdit. J'aurais voulu te revoir une dernière fois, mais les visites étaient également interdites. Je n'ai même pas pu voir mes parents, c'est cruel. Je pense que mon père t'a mis au courant de mon arrestation. J'ai été arrêté comme "franc-tireur" contre l'armée allemande ; si j'ai agi ainsi c'était par patriotisme et ma mort ne sera pas inutile. Je suis courageux et montrerai que je sais mourir en Français comme tous mes jeunes et vieux camarades, car l'on avait fait le sacrifice de notre vie avant de s'engager, car j'aime mieux mourir de douze balles dans la peau que de crever à petit feu comme un lâche.

Je te demande pardon pour le mal que je vais te faire, je suis sûr que tu comprendras mon sacrifice. J'espérais pouvoir me marier avec toi, mais hélas le destin a décidé autrement. Je te quitte une dernière fois, ma chérie, en t'embrassant bien fort ainsi que ta mère et ta sœur. Ma dernière pensée sera pour toi et mes parents.

Adieu... Vive la France !

(Extrait de "Le procès de la maison de la Chimie" de André Rossel-Kirschen. Editions l'Harmattan, 2002.

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